Actualité Apicole février 2008

Actualités apicoles            Benoît MANET

 

Avec un peu de recul, on se rend compte combien ont été nombreuses les pertes hivernales. En Belgique, on parle de pertes s’élevant à 35 à 40%. Mais le phénomène a été subi dans bien des pays européens ou d’ailleurs. Pour paraphraser l’auteur Rachel Carson, ce printemps fut particulièrement silencieux. Cette situation a encore été accentuée par des pertes massives lors d’intoxications aux neurotoxiques. En Allemagne et en Italie, de nombreux apiculteurs ont vu leurs colonies touchées brutalement par des mortalités élevées. Ces pertes généralisées ont été raccrochées aux semis de maïs dont les poussières de la matière d’enrobage contiennent de la clothianidine. Ce produit, très proche de l’imidachlopride, est ici utilisé dans le traitement des semences pour parer aux risques de nouveaux ravageurs sur maïs. Cette action phytosanitaire explique l’étendue des zones touchées.

Face à ces catastrophes dont la presse ne déborde pas d’échos, plusieurs questions se posent à nos esprits :

Cette hécatombe pourrait-elle être vécue en Belgique ?

Ces problèmes de poussières de semis ne sont pas nouveaux. Pour qui a vu le film « Témoin gênant », on se souviendra de ces tristes images montrant des tapis d’abeilles mortes à proximité des ruches : l’époque de la polémique sur le fipronil. Avec l’essor d’une agriculture millimétrée (il suffit de voir l’intrusion du gps dans les techniques agricoles lors de la dernière édition de la Foire de Libramont), l’usage de semoirs de précision pneumatiques s’est largement répandu particulièrement pour le semis du maïs. En Belgique, 8% des parcelles de maïs (soit +/- 4000 ha) seraient semées avec des graines enrobées de tels pesticides. Encore faut-il que ces poussières aillent se déposer sur des plantes en floraison à proximité, hors nous sommes précisément en période de floraison du colza et des fruitiers. La législation belge impose un contrôle maximum des poussières de semis. Cela ne signifie pas l’absence de tout rejet toxique. Une solution technique pour éviter ces pertes de toxiques dans l’environnement serait de modifier l’enrobage en ajoutant une couche de protection capable d’empêcher la dispersion de poussières. Mais cette étape nécessite un coût de production majoré et surtout une demande d’agréation non délivrée actuellement. Le Comité d’agréation des pesticides à usage agricole est requis de cette question et devra se prononcer. Le dossier est à surveiller de près pour la prochaine campagne agricole.

2. Les poussières ne sont-elles toxiques que pour les abeilles ?

Ces matières actives ont fait l’objet d’évaluations dans le cadre de leur agrément. Ne nous leurrons pas. Si des poussières se trouvent dans l’environnement, elles affecteront également le monde vivant au travers d’effets directs (intoxication de l’entomofaune – ce qui est le but avoué puisqu’il s’agit d’un insecticide) mais aussi d’effets insidieux au travers des relations dans les rapports entre êtres vivants (p. ex. rapports proies/prédateurs) et systèmes (agrosystèmes notamment). Ne perdons pas de vue que l’homme se trouve au somment de la chaîne alimentaire. Par ailleurs, l’exposition potentielle des agriculteurs-utilisateurs n’est pas nulle. Interrogée au Parlement sur ce sujet par la députée Thérèse Snoy, la Ministre de l’Agriculture, Sabine Laruelle, se voulait rassurante : « Je peux vous confirmer que l’évaluation du risque pour la santé publique lié à l’exposition lors du semis des semences traitées est bien prévue par la directive et que cette évaluation a donné des résultats acceptables pour les pesticides concernés, évalués conformément à ladite directive. » Cette logique montre bien les limites et carences des méthodes actuelles d’homologation des produits. Ceux-ci sont autorisés par voie de directive européenne qui en autorise les matières actives, à charge aux états d’autoriser les produits. L’homologation des produits se base sur des critères actuels se révèlent dans les faits totalement insuffisants. Aussi, ce règlement de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques devrait être renégocié à l’automne. Il est capital que celui-ci englobe également l’évaluation du risque pour les abeilles. Une question reste également à préciser : les autorisations seraient accordées selon 3 zones intra-européennes. Dès qu’un état autorisera un produit, tous les autres pays de cette zone seront obligés de suivre et de l’autoriser également. Mais subtilité, les graines enrobées ne sont pas considérées comme un produit phyto. Elles circulent donc entre pays en tant que semences et échappent de ce fait aux règles d’autorisation ou même d’étiquetage.

3. A-t-on trouvé dans ces intoxications le coupable de tous nos déboires ?

Les raisons des dépérissements sont malheureusement multiples. Plusieurs causes restent responsables du dépérissement des colonies. On peut rappeler la disparition des habitats et des ressources, le développement de maladies et parasites et les intoxications phytosanitaires. Pour ce qui est de ces derniers, revenons à la question parlementaire citée plus haut où pour la première fois, il est accepté un effet sur l’abeille. « L’évaluation du risque sur les abeilles pour ce type d’exposition spécifique n’est pas, pour l’instant, prévu par la législation et c’est notamment sur cet aspect que l’avis d’experts en la matière sera nécessaire.» Sur le plan sanitaire, à côté de Varroa, les recherches actuelles mettent en évidence l’existence d’une nouvelle sorte de nosémose dont la présence semble plus ancienne que proclamée par les découvreurs ainsi qu’une batterie de virus tous plus ou moins dépresseurs d’une vitalité perdue. Toutefois, une question essentielle nous interroge sur la fonction et les conséquences de cette manne parasitaire 

: sont-ils la cause des problèmes observés ou bien en sont-ils la conséquence ?

Différents problèmes particulièrement complexes persistent dont les issues et réponses permettront de miser sur une apiculture viable. A suivre …!

 

 

 

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 08/08/2008

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